Lettre d'invitation adressée par le président Donald Tusk aux membres du Conseil européen

Conseil européen
  • 21/06/2017
  • 09:30
  • Communiqué de presse
  • 391/17
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21/06/2017
Contacts avec la presse

Preben Aamann
Porte-parole du président du Conseil européen
+32 22815150
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Il est légitime de dire que nous nous réunirons dans un contexte politique différent de celui qui prévalait il y a quelques mois, quand les forces anti-UE gagnaient du terrain. L'évolution actuelle de la situation sur le continent semble indiquer que nous remontons lentement la pente. Dans nombre de nos pays, les partis politiques qui tirent leur force des sentiments d'opposition à l'UE commencent à régresser. Nous assistons à un retour de l'UE en tant que solution, et non en tant que problème. Paradoxalement, les lourds défis de ces derniers mois ont renforcé notre unité. Mais c'est également grâce à votre détermination que nous avons préservé cette unité. Je vous en remercie et je vous demande de poursuivre dans cette voie. Notre unité est précisément la raison pour laquelle nous sommes en bien meilleure posture aujourd'hui, et en mesure d'envisager l'avenir avec un optimisme renouvelé.

Cependant, nous ne pouvons nous montrer complaisant ou naïfs. Nous devons prouver aux gens que nous sommes capables de reprendre le contrôle sur des événements accablants et parfois même terrifiants. L'année dernière, nous avons décidé que l'UE protégerait sa population contre les menaces pesant sur la sécurité ainsi que contre l'immigration clandestine et la mondialisation non maîtrisée, et nous devons continuer d'obtenir des résultats à cet égard. Par conséquent, lors de la réunion du Conseil européen qui s'annonce, je souhaite que nous allions plus loin dans les mesures que nous prenons dans ces trois domaines.

Premièrement, la sécurité. Le terrorisme demeure une menace majeure. Les attentats récents mettent en évidence la nouvelle vague de radicalisation endogène. Je serai honnête: l'UE ne remplacera pas les États nationaux dans cette lutte, parce que les mesures à prendre dépendent principalement des gouvernements. Mais elle peut aider à gagner ce combat. Jusqu'à présent, nous avons progressé sur les questions des combattants étrangers et de ceux d'entre eux qui reviennent dans leur pays d'origine. Il est temps à présent d'intensifier la coopération avec le secteur des services en ligne. C'est pendant les quelques heures qui suivent sa mise en ligne que la propagande terroriste est la plus efficace. Nous devrions donc encourager ce secteur à élaborer des outils qui détecteront et supprimeront automatiquement les contenus à caractère terroriste ou incitant à la violence.

Étant donné que la sécurité de l'Europe relève de notre responsabilité commune, je souhaiterais aussi que nous convenions de la nécessité de lancer une coopération structurée permanente en matière de défense. Pour y parvenir, nous aurons besoin que vous vous engagiez de manière ambitieuse, qu'il s'agisse de projets visant à développer nos capacités de défense ou de missions plus exigeantes, telles que des opérations militaires. Les décisions prises à cet égard apporteront la preuve non seulement que nous sommes déterminés à investir davantage dans la sécurité et la défense de l'Europe, mais aussi que nous prenons nos responsabilités dans le cadre des relations transatlantiques, à un moment où cela est plus nécessaire que jamais de notre côté de l'Atlantique. Tous les États membres devraient être invités à participer à la nouvelle forme de coopération qui émerge dans le domaine de la défense et aucun ne devrait en être exclu. Cette coopération peut être la meilleure façon de montrer que, loin prôner un système à "plusieurs" vitesses, nous mettons plutôt en place une méthode de travail qui devrait permettre à l'ensemble de l'UE d'atteindre la "bonne" vitesse.

Deuxièmement, en matière de migration clandestine, nous devons examiner la situation sur la route de la Méditerranée centrale. En Italie, le nombre d'arrivées illégales de migrants principalement économiques a augmenté de 26 % par rapport à l'année dernière; environ 1 900 personnes ont perdu la vie en mer, et les activités des passeurs sont en train de prendre une dimension nouvelle. Certains résultats opérationnels ont été obtenus à la suite de nos décisions, à savoir la formation de garde-côtes des forces navales libyennes, l'arrestation de plus de 100 passeurs et la neutralisation de plus de 400 de leurs navires. Mais c'est clairement insuffisant et je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas assumer une responsabilité financière plus grande pour le fonctionnement des garde-côtes des forces navales libyennes. Ils sont nos alliés dans la lutte contre les passeurs. J'attire votre attention sur ce point car, au niveau opérationnel, certains de vos représentants ne prennent pas les décisions qui s'imposent à cet égard.

Enfin, venons-en à la question de la mondialisation non maîtrisée. Afin de protéger notre programme de libre-échange au niveau intérieur, nous devons prouver que nous sommes capables de défendre l'Europe contre tous ceux qui veulent abuser de notre ouverture. Dans ce but, nous devons veiller à ce que nos instruments de défense commerciale soient efficaces. Il nous faut mener un véritable débat sur la manière de renforcer la réciprocité et d'examiner minutieusement les investissements en provenance de pays qui imposent des restrictions injustifiées. Les gens doivent savoir que nous pouvons les protéger contre les pratiques commerciales déloyales.

Pour en venir à l'ordre du jour de la réunion, nous entamerons les travaux par le traditionnel échange de vues avec le président du Parlement européen, M. Antonio Tajani, qui aura lieu jeudi à 15 heures. Après cet échange, le Premier ministre Muscat nous présentera un état des lieux de la mise en œuvre de nos précédentes conclusions. Notre première session de travail sera consacrée à la sécurité intérieure, à la lutte contre le terrorisme et à la défense. Après avoir adopté nos conclusions sur ces points, nous suspendrons nos travaux pour rencontrer la presse. Nous poursuivrons avec un dîner de travail consacré aux relations extérieures. La Chancelière Merkel et le Président Macron commenceront par faire le point sur l'avancement de la mise en œuvre des accords de Minsk. Je vous exposerai ensuite mes impressions à propos des sommets et rencontres internationaux qui ont eu lieu récemment, notamment avec le Président Trump et le Président Erdoğan. Dans ce contexte, j'aimerais que nous réaffirmions notre attachement unanime à l'accord de Paris. À la fin du dîner, la Première ministre May nous informera de ses intentions à propos des négociations sur le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Après le dîner, j'inviterai les 27 dirigeants à rester quelques instants pour faire brièvement le point sur les négociations et approuver la procédure pour la relocalisation des agences dont le siège se situe au Royaume-Uni.

Le vendredi, nous commencerons à 10 heures par une rencontre avec le président de la BCE, M. Draghi, qui dressera un tableau de la situation économique actuelle. Après cette intervention, nous passerons aux questions ayant trait au commerce et adopterons la partie correspondante des conclusions. Nous nous occuperons ensuite des conclusions sur les migrations; à cet égard, le Premier ministre Muscat nous informera du suivi de la déclaration de Malte. Avant de clôturer nos travaux, nous évoquerons brièvement l'Europe numérique avec le Premier ministre Ratas, dans le contexte du programme de travail de la prochaine présidence. Notre réunion devrait se terminer vers l'heure du déjeuner. Je me réjouis à la perspective de vous accueillir à Bruxelles.