- Conseil européen
- Discours
- 30 mars 2017 14:30
Discours du président Donald Tusk lors du congrès 2017 du PPE à Malte
Chers amis, je suis sûr que vous avez maintenant entendu suffisamment de discours, je voudrais donc juste partager une réflexion avec vous, mais une réflexion à mon avis essentielle.
Il y a cinq jours, à Rome, juste avant la signature de la déclaration de Rome, j'ai déclaré: "L'Europe, en tant qu'entité politique, sera unie ou ne sera pas. Seule une Europe unie peut être une Europe souveraine aux yeux du reste du monde. Et seule une Europe souveraine garantit l'indépendance de ses nations et la liberté de ses citoyens. L'unité de l'Europe n'est pas un modèle bureaucratique. C'est un ensemble de valeurs communes et de normes démocratiques. Aujourd'hui, il ne suffit pas d'appeler à l'unité et de s'élever contre une Europe à plusieurs vitesses. Il est bien plus important que nous respections tous nos règles communes, qui sont notamment les droits de l'homme et les libertés civiles, la liberté d'expression et la liberté de réunion, l'équilibre des pouvoirs et l'État de droit. Tels sont les véritables fondements de notre unité".
Et hier, immédiatement après avoir reçu la lettre de la Première ministre Theresa May invoquant l'article 50, j'ai dit que "paradoxalement, il y a aussi du bon dans le Brexit. Le Brexit nous a rendus, nous la communauté des 27, plus déterminés et plus unis qu'avant. J'en suis pleinement convaincu, surtout après la déclaration de Rome, et je puis affirmer que nous resterons déterminés et unis également à l'avenir, également au cours des difficiles négociations à venir."
Ces deux déclarations sont liées par une même pensée, une même conviction: la clé de notre avenir est dans l'unité et la souveraineté de l'Europe. Ces dernières années, les Européens - de Varsovie à Londres, d'Athènes à Helsinki - ont été portés à croire que l'intégration européenne constitue une menace pour la souveraineté nationale et des États;
que l'Union européenne, que Bruxelles, exigent une réduction du patriotisme; que notre intégration dans l'UE passe par le sacrifice de notre souveraineté; que nous perdons la maîtrise de notre destin parce que nous déléguons une partie de nos compétences à la Communauté européenne; qu'en renforçant cette communauté, nous affaiblissons inévitablement les communautés nationales; qu'il devient de plus en plus difficile de concilier le fait d'être européens et patriotes. Ce fut d'ailleurs le principal thème des campagnes anti-UE menées au Royaume-Uni et en bien d'autres endroits. Quasiment dans toute l'Europe.
Ce point de vue est à la fois stupide et dangereux. Nous avons pour mission de convaincre les Européens que c'est tout le contraire. Qu'une Union forte, capable d'être souveraine dans sa relation au monde extérieur, capable de protéger l'ensemble de ses valeurs et sa culture, capable de protéger ses frontières extérieures, est la meilleure, et peut-être la seule garantie de la souveraineté nationale et de la souveraineté des États. Le monde d'aujourd'hui a balayé l'illusion selon laquelle tout chacun voudrait s'inspirer de la culture et des normes politiques européennes. La crise migratoire, l'agression russe en Ukraine, les événements en Turquie, le Brexit et bien d'autres événements démontrent qu'il est maintenant exagéré, c'est le moins que l'on puisse dire, d'annoncer la "fin de l'histoire", de proclamer le triomphe ultime de la démocratie libérale, de la paix et de l'ordre international. Pour des patriotes rationnels et responsables désireux de préserver la souveraineté et l'indépendance de leurs nations et de leurs États, il n'y a pas d'autre solution qu'une Europe unie et souveraine.
Nous devons nous élever contre les populistes. Nous devons proclamer haut et fort que les nationalismes et les séparatismes qui tentent d'affaiblir l'UE sont à l'opposé du patriotisme moderne. Ceux qui prennent l'unité de l'Europe pour cible menacent également leurs propres communautés en affaiblissant la souveraineté de leur propre État.
Des termes tels que sécurité, souveraineté, dignité et fierté doivent retrouver leur place dans notre vocabulaire politique. Il n'y a aucune raison pour que, dans le débat public, les extrémistes et les populistes aient le monopole de ces termes. Aujourd'hui, ils profitent efficacement et de manière cynique des peurs et de l'incertitude sociales, en fondant leur propre modèle de sécurité sur les préjugés, l'autoritarisme et la haine organisée. Notre réponse doit être claire et déterminée.
Premièrement, il n'y a aucune contradiction entre la démocratie libérale et le besoin d'ordre et de sécurité. Seules des sociétés libres et respectueuses de la loi peuvent être véritablement sûres.
Deuxièmement, il n'y a aucune contradiction entre une Europe intégrée et souveraine dans sa relation au monde extérieur et l'indépendance de nos nations et de nos pays. Bien au contraire: plus l'Europe est unie, plus elle est souveraine, et donc capable de protéger des nations souveraines.
Troisièmement, la modération, le sens commun et le rationalisme politique ne sont pas en contradiction avec la force, le courage et la détermination. Les citoyens veulent une autorité qui s'exerce à bon escient, qui soit morale et forte en même temps. C'est justement ce que l'on attend du PPE. Ce que l'on attend de vous. Je vous remercie.
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